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[08 07 24 瑞士《周刊》] 奥运会,奖牌工厂

【链接】http://www.hebdo.ch/Edition/2008-30/Actuels/monde/jeux_olympiques_les_usines_a_medailles.htm
【译者】神鹰梦泽
【声明】本译文仅供anti-cnn使用,谢绝转载
【原文】
Jeux olympiques. les usines à médailles

Records. La Chine veut rafler le maximum de médailles d’or aux JO. C’est une question d’honneur national. Elle s’en donne les moyens, en fabriquant des athlètes par milliers.


Il y a encore une année, la petite Nuage ignorait qu’elle consacrerait sa vie à soulever des disques d’acier au-dessus de sa tête. C’est alors qu’un étranger est venu dans son lointain village de la province de Shandong, dans l’est de la Chine, a pris des mesures précises de la largeur de son épaule, de la longueur de sa cuisse et du tour de sa taille, pour finalement lui annoncer qu’elle aurait l’honneur de servir sa mère patrie comme haltérophile. Alors âgée de 14 ans, la fille d’agriculteurs n’a pas vraiment eu le choix. Elle a été sélectionnée pour être un rouage dans la vaste machine sportive chinoise, un appareil à plusieurs milliards de dollars conçu dans un but primordial: multiplier l’or olympique.
Aujourd’hui, Chen Yun (yun signifie nuage) s’entraîne à la Weifang City Sports School, l’une des 3000 académies étatiques qui moulent quelques 400 000 jeunes Chinois dans une sorte de servitude athlétique. Assise sous les yeux attentifs de son coach et d’un homme qui se présente lui-même comme le «directeur de la propagande» de l’école, Nuage déclare que l’haltérophilie est son sport préféré. Des hobbies? «Soulever des poids», répond-elle. Quelque chose de plaisant en dehors de l’haltérophilie? «Soulever des poids», répète-elle. Nouvel essai. Nuage jette un regard aux deux hommes. Derrière eux, un poster du président Mao Zedong, le fondateur de la République populaire et architecte du système sportif chinois. «Autrefois, j’aimais courir dans les champs près de mon village», glisse-t-elle. Le directeur de la propagande fait un pas en avant. «Mais maintenant, elle préfère l’haltérophilie», souligne-t-il. «Son but est de devenir une athlète star et de rendre la Chine fière.» Nuage baisse les yeux sur ses mains calleuses, qui peuvent lancer 35 kilos dans les airs mais sont maintenant tremblantes de nervosité. «Je préfère l’haltérophilie, maintenant», dit-elle. «Je veux devenir une athlète star et rendre la Chine fière.»
La fierté est un concept difficile à quantifier, mais, pour la Chine, les Jeux Olympiques sont une mesure simple de son ascension. Il y a deux décennies, à Séoul, la Chine n’a remporté l’or que cinq fois. En 2004 à Athènes, la récolte de 32 médailles d’or a hissé le pays aux pieds des Etats-Unis. Aujourd’hui, la Chine espère que son avantage à domicile lui vaudra la première place. Si la République populaire y réussit, les controverses quant aux manifestations tibétaines, aux armes du Darfour, au retrait de Steven Spielberg comme conseiller des Jeux, toutes ces épreuves qui ont menacé sa face, seront oubliées. Ce sera même un baume pour une nation qui pleure encore la mort de 70 000 personnes occasionnée par le tremblement de terre du 12 mai.
Mais le sport n’est pas la seule arène dans laquelle la Chine compte aller plus vite, plus haut, plus fort. Il y a un peu plus de trois décennies, la République populaire était une nation isolée, agricole, dont l’allié le plus proche était l’Albanie.
Aujourd’hui, la Chine conclut de nouveaux partenariats à travers le monde dans la course aux marchés et aux ressources naturelles. Ses échanges commerciaux avec l’Afrique et l’Amérique du Sud ont été multipliés par six depuis 2001. C’est le premier consommateur mondial de ciment, de grain, de viande, de charbon, de cuivre et d’acier.
Fierté retrouvée. La Chine s’est transformée elle-même en nation de tous les superlatifs, chaque record galvanisant sa fierté retrouvée. Le pays a construit le plus grand barrage du monde (les Trois-Gorges), instruit le plus grand nombre d’ingénieurs (350 000 diplômés chaque année) et compte le plus d’agglomérations de plus de 1 million d’habitants (plus de 100). La République populaire est le pays le plus relié du monde (215 millions d’internautes) et jouit de l’une des croissances économiques les plus durables de l’histoire (trois décennies de progression moyenne de 10% par an).
Les diplomates chinois assurent que l’ascension de leur patrie ne menacera pas le reste du monde. Ils décrivent l’émergence de la Chine comme «une montée pacifique» – une expression pour le moins dissonante. Mais aucune circonvolution diplomatique ne peut masquer la soif inextinguible de victoire chinoise, en particulier quand les droits individuels sont supprimés au profit de l’intérêt supérieur de la nation.
Prenez le sport. Quand Pékin a décroché, il y a sept ans, l’attribution des Jeux olympiques de 2008, le Ministère des sports a rendu public un document intitulé «Gagner de la fierté aux Jeux olympiques». Un programme qui détaille la «stratégie des médailles d’or» à long terme de la Chine, qui consiste essentiellement à miser sur les sports olympiques qui recèlent le plus de médailles du fait de nombreuses catégories de poids ou de longueur de course. L’escrime, par exemple, offre 10 médailles d’or, alors que le canoë-kayak en distribue 16. Peu importe si la plupart des Chinois n’entendent rien à ces sports. Le but est d’accumuler de l’or.
Machine nationale. La Chine n’est pas le premier pays à avoir construit une machine nationale du sport. Les usines athlétiques ont été inspirées par l’ancien modèle soviétique, qui a produit durant la guerre froide une pléthore de gymnastes roumains et une flotte de nageurs est-allemands dopés. Mais le bloc de l’Est s’est effondré il y a longtemps, et avec lui le sport sous la dictature. Aujourd’hui, la Chine est l’une des rares nations, aux côtés de la Corée du Nord et de Cuba, à consacrer autant de ressources étatiques aux athlètes. Bien que quelques jeunes Chinois choisissent d’entrer dans les académies sportives, les autres, comme Nuage, ne sont guère plus que des pions de l’Etat.
Avec les Jeux de 2008, le système sportif chinois frise la surchauffe. En 2001, le budget du Ministère des sports est passé de 428 à 714 millions de dollars. «Aux Jeux de Pékin, nous voulons être sûrs de réussir», explique Hao Qiang, directeur du département de la compétition et de l’entraînement au Ministère. «Si nous ne montrons pas l’esprit national adéquat, le peuple sera très déçu.» Une entreprise onéreuse: chaque médaille d’or chinoise pourrait coûter jusqu’à 7 millions de dollars à l’Etat, selon Bao Mingxiao, directeur de l’Institut des sciences physiques du Ministère.
【译文】
奥运会,奖牌工厂。
记录。中国想在奥运会上抢走最多的金牌。这个问题关乎国家荣誉。她用尽办法,制造出成千上万的运动员。


仅仅一年以前,小云朵还不知道她的一生都将致力于将一些圆铁片举过头顶。那时候,一个外地人来到她那个位于中国东部山东省的偏远村庄里,经过一番肩膀宽度、大腿长度以及腰围的精确测量,她最终被告知:她将荣幸地成为一名举重运动员,为祖国效力。她当时只有14岁,这个农家女孩其实无路可选。她被选拔成为中国这个巨大的体育机器中的一个齿轮,这个价值数十亿美元的机器的最首要目标就是:增加奥运金牌数。

现在,陈云(云意为云朵)在潍坊体校训练。该体校是3000所国家体校之一,它们以一种竞技奴役模塑出了大约400000的中国青年。在她教练和另一位在场的男子(是该学校的“宣传首长”【译者注:可能是指校党委宣传部的领导】)关切的目光下,云朵声称举重就是她最喜爱的运动。有什么爱好?“举重。”她答道。除了举重还有什么喜欢做的事呢?“举重。”她重复道。再一次的追问。云朵把目光投向了那两个男人。他们的身后,是毛泽东主席的画像,他是中华人民共和国以及中国体育制度的缔造者。“以前,我喜欢在我村子旁边的场子上奔跑,”她只是一带而过。宣传首长向前迈了一步。“但是现在,她更喜欢举重,”他强调道,“他的目标就是成为一名运动明星,并为中国带来骄傲。”云朵垂下双眼看着自己布满老茧的双手,这双手能举起35公斤的重物,如今却烦躁的颤抖。“现在我更喜欢举重,”她说,“我想成为一名运动明星,给中国带来骄傲。”

骄傲,是个难以量化的概念,但是,对于中国来说,奥运会就是测定其骄傲提升的简单的量具。二十年前,在首尔,中国仅取得五金。而在2004年的雅典,收获的32枚金牌已使得这个国家能紧随美国之后。如今,中国希望东道主优势能让她位居榜首。如果人民共和国真的成功了,那么那些争议,诸如藏人示威、达尔富尔冲突、史蒂芬·斯皮尔伯格辞去奥运会顾问一职,所有这些危及到国家脸面的考验都将被遗忘。这对一个还在为512地震中的70000死者痛哭的民族来说,将是一付镇痛剂。

但是体育并非中国打算实现更高更快更强的唯一竞技场。三十多年前,人民共和国还是一个封闭的农业国家,其最亲密的盟友是阿尔巴尼亚。
如今,在市场和自然资源的赛跑上,中国在全世界有了一批新伙伴。从2001年以来,她与非洲和南美的经贸额已增长了六倍。在水泥、谷物、肉类、煤炭、铜、铁等方面,她已是全世界的第一消费国。

重新寻回的骄傲。中国本身已成为一个一切皆至极致的国家,每一项记录都刺激着她重新寻回的骄傲。中国已建成世界最大的大坝(三峡),培育出最多的工程师(每年有350000人毕业),并拥有最多的人口逾百万的聚居地(超过100个)。人民共和国是与世界沟通最发达的国家(2亿1500万网民),并享受着史上最持久的经济发展(持续三十年的年均10%增长)。

中国的外交官们保证说他们祖国的崛起不会威胁到世界其他地区。他们将中国的崛起描述为“和平崛起”——这是一种引起的不和谐音最小的表述。但是任何拐弯抹角的外交辞令都无法掩盖中国对胜利难以抑制的饥渴,尤其是当(人们看见)个人的权利被国家的最高利益所扼杀的时候(,这种饥渴更加难以掩饰)。

搞体育。当七年前,北京拿下了2008奥运会的主办权时,体育总局局长公布了一份题为《在奥运会上赢得骄傲》的文件。一个长期项目详细提出了中国长期的“金牌战略”,主要精神为瞄准那些因分有多个重量级别的或赛道长度而可产生最多奖牌的奥运项目。例如,击剑项目能产生10枚金牌,皮划艇则可产生16枚。至于大多数的中国人是否对这些项目闻所未闻,则无关紧要。目标就是积聚黄金。

国家机器。中国并非第一个制造出体育国家机器的国度。竞技体育工厂的理念来自于前苏联模式,该模式在冷战期间导致了罗马尼亚体操运动员过剩以及东德游泳运动员大规模使用兴奋剂。但是东方阵营早已崩塌,集权体制下的体育制度也随之崩塌。今天,中国则是少数几个站在朝鲜和古巴一边的国家之一,她也在运动员身上上投入了同样多的国家资源尽管确实有一些中国青年自己选择进了体校,但其他的人,比如云朵,只不过是国家的棋子。随着2008年奥运会的来临,中国的这种体育制度已近乎过热。2001年,体育总局的预算由4亿2800万美元提高到7亿1400万美元。“北京奥运会上,我们要确保成功,”国家体育总局竞体司综合处处长郝强说道,“如果我们没能表现出适当的民族主义精神,人民将会十分失望。”这是一项耗费巨大的工程:据体育总局体育体育科学研究所的领导鲍明晓称,中国每获得一枚金牌,国家将付出七百万美元的资金。

【截图】

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